samedi, février 16, 2008

Doutes

Je reçois ça, je suppose qu'il faut le voir pour le croire...

A diffuser partout et sans aucune modération...
Cri de colère et de détresse, cri de révolte !
Laure Véziant professeur des écoles à Montélimar -

"Je suis la maîtresse de Gevorg, le fils de Karin et
Armen, qui est
arrivé en Cours Préparatoire dans ma classe
l'an dernier. Je suis la
maîtresse de
Gevorg qui a disparu de ma classe vendredi 16 novembre
en laissant
toutes ses affaires, même ce gros bâton de
colle dont il est si fier.

Je suis la maîtresse de Gevorg et d'autres encore dans
la même
situation, qui voient sa chaise vide tous
les jours et qui savent que leur
tour peut arriver.
Je suis la maîtresse de 22 enfants de 6 ans qui apprennent
qu'en
France un enfant peut être obligé de s'enfuir de nuit
avec sa famille parce
qu'il n'est pas français.
Je suis une maîtresse qui doit enseigner à 22 enfants,
qu'on est tous
égaux, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs,
que les lois
sont faites pour nous protéger, que c'est ce qu'on
appelle les droits de
l'homme dont on est si fiers en France.
Je suis une maîtresse qui doit arriver à faire comprendre à 22
enfants que l'on doit résoudre les problèmes en s'expliquant,
et que
lorsqu'on est dans son droit on sera écouté et protégé...
« parce que c'est
ça la justice, hein maîtresse ? »
Je suis la maîtresse d'autres enfants sans papiers qui me
regardent faire l'appel sans Gevorg et qui continuent à
apprendre à lire dans la
langue d'un pays qui ne veut pas d'eux.
Je suis une maîtresse parmi tant d'autres qui devraient tous les
jours essayer d'expliquer l'inexplicable, accepter l'inacceptable,
et
ravaler cette rage et ce dégoût d'être la fonctionnaire
d'un Etat qui mène une
chasse à l'homme abjecte et dégradante.
Aujourd'hui je voudrais vous faire comprendre à quel point mes
collègues et moi-même sommes choqués par ces drames humains,
par cette
politique de chiffres, de pourcentages et de quotas
appliquée à des personnes, des
hommes, des femmes et des enfants.
Je voudrais vous faire comprendre à quel point cette souffrance
engendrée par cette politique, devient ingérable, insupportable
pour nous,
comme pour les enfants et les familles concernées.
Je voudrais vous dire à
quel point nous avons mal devant
ces bureaux vides, ces cahiers abandonnés et ces

stylos que personne ne vient réclamer.
Je voudrais vous dire à quel point j'ai peur d'arriver en classe
et
d'avoir perdu Gevorg ou Alexandre ou un autre encore,
parce que,
non, ce ne sont pas des numéros ou des quotas,
mais parce que je les connais, je
connais leurs sourires,
je connais leurs yeux.

Nous n'en pouvons plus de nous taire et de voir des familles en
danger rejetées en toute connaissance de cause ! Nous n'en
pouvons plus de
nous demander en permanence ce qui va leur
arriver là bas !
Nous ne voulons plus être complices de
non assistance à personne en
danger.
Je voudrais vous faire partager cette réflexion de William
Faulkner : « Le suprême degré de la sagesse est d'avoir
des rêves suffisamment
grands pour ne pas les perdre de vue
pendant qu'on les poursuit. »
Alors merci
à tous d'être là et de partager le rêve de Karin,
Armen, Alexandre, Gevorg et
Grigory leurs enfants : Vivre
sereinement auprès de nous, venir
chaque matin à l'école,
et que ce rêve, avec eux et avec tous ceux qu'on veut
chasser
hors de notre pays, on ne le perde pas de vue."

A diffuser sans modération - le texte écrit est déjà sur le site
RESF et le fichier audio y sera dans un moment
>> http://www.educationsansfrontieres.org/?article10105

1 commentaires:

15:13 a dit…

Oh, là, là! C'est fort. Ça fait penser à ce sketch des Guignols où l’on incite les enfants, à travers d'un jeu de société, de dénoncer leurs copains de classe soupçonnés d'être sans papiers.

Il paraît que Sarkozy veut faire parrainer chaque élève de 10 ans d'un enfant victime du Holocauste, afin de s'assurer que le cauchemar ne s'oublie et, par conséquent, ne se reproduit jamais. Beaucoup dise que les enfants sont trop jeunes pour être exposé à de telles horreurs. Il est donc ironique que les enfants qui disparaissent des salles de classe, telle que décrit dans l'article que tu reproduis, provoque un sentiment d'injustice pas bien loin de celle que Sarkozy voudrait reléguer à l'histoire. On connait tous les images des Nazis allant jusque dans les salles de classe chercher les enfants juifs qui se réfugiaient parmi les gentils. Je pense au film Au revoir les enfants, par exemple. Hier c'était les juifs qu'on dédaignait, aujourd'hui ce sont les immigrants du tiers-monde. Il faudrait peut-être commencer par parainner nos propres immigrants.

Que penses-tu de l'initiative de Sarkozy?