Finalement, ce qu'on demande à l'Etat, (y compris les jeunes incendiaires, du moins certains d'entre eux), c'est de mettre en ligne ses bibilothèques et ses médiathèques. Moyennant une cotisation minimum - la même que celle qu'on paie aujourd'hui quand on se déplace, on s'inscrit et on télécharge films, bd, musiques et livres.
Est-ce que les vidéos club et les grandes boutiques de disques ont jamais souffert de l'ouverture d'une bibliothèque ou d'une médiathèque dans leur ville ou dans leur quartier? Est-ce qu'on les a entendus se plaindre des droits d'auteurs qui n'étaient pas versés? Non, parce que ce ne sont pas les mêmes produits.
Les droits d'auteur, parlons-en. Il y a deux ans, j'ai adapté un roman classique en pièce de théâtre parce que je voulais le monter. Je la mets sur le site
Leproscenium.com, que par ailleurs je recommande à tout le monde tant cela rejoint cette idée de bibliothèque virtuelle et libre d'accès (sans inscription) quoi que maintenant, il faille payer pour y accrocher un texte à partir du troisième, on aura tout vu! sans doute au nom de la protection des données (mais ne suffisait-il pas de l'enregistrer sur le site pour pouvoir faire une réclamation en cas d'usage illégal (1)?) et qui a la particularité de regrouper des dramaturges de tout poil et contemporains.
A propos, est-ce que quelqu'un connait l'équivalent pour les scenari (téléchargement et accès libre à la lecture?)
Bref, je télécharge la pièce chez eux pour la mettre en libre circulation. Quelques mois plus tard, une Canadienne m'envoie un mail pour me demander l'autorisation de la monter. Je suis plutôt très flattée et je lui donne immédiatement mon accord. Cependant, entre temps, allez savoir comment (lorsqu'elle a voulu télécharger le texte, sans doute, ou bien par excès d'honnêteté), la SACD s'en mêle. Elle m'envoie un courrier pour me demander des comptes sur cette adaptation, allant même jusqu'à me menacer de devoir payer des droits d'auteurs (fort heureusement, mon homme est un classique appartenant désormais au domaine public), puis elle me demande mon numéro de compte pour percevoir les droits d'auteurs que ladite Canadienne est obligée de me verser - je n'ai même pas mon mot à dire là-dessus. Bilan des courses, le temps passe; les courriers mettant environ entre trois mois et six mois à être expédiés par notre Grande Protectrice, je suppose que ma Canadienne s'est depuis longtemps découragée car je n'ai pas reçu cette somme ridicule que la SACD s'entêtait à lui réclamer. À moins que tout ait suivi son cours et qu'il faille juste attendre quelques années de plus... Et bien entendu, j'ai perdu les coordonnées de mon interlocutrice pour lui envoyer le texte moi-même. Je retiens cependant la leçon.
J'ai d'autres griefs à l'encontre de cette institution. Il y a très longtemps, je lui ai soumis un autre texte qui devait passer en commission de lecture, à ma demande. Après des années sans réponse, je profite d'un passage à Paris pour m'enquérir de ce que la soi-disant commission en a pensé. On me sort un dossier avec un compte-rendu très flatteur, je leur réclame une photocopie, on me dit que la responsable est absente, qu'il faut l'en avertir. Je téléphone la semaine suivante et on me refuse l'envoi de la critique sans me donner la moindre explication. Dois-je en déduire que la commission fut bidon? Quelles peuvent être les raisons qui empêchent la SACD de fournir à un auteur le compte-rendu d'une commission de lecture?
Alors, oui, on doit défendre les artistes mais de là à bloquer toute circulation de leur production au nom de leurs droits (et des taxes qu'empoche au passage la SACD, sinon quel intérêt?), c'est
un peu pousser le bouchon!
D'autre part, on me dira, oui, mais pour mettre les bd et les livres sur une médiathèque virtuelle et publique, il faut revenir aux travaux des moines et tout recopier ou scanner. Et alors? N'y a-t-il pas une formidable création d'emplois dans ce domaine, et particulièrement pour les jeunes (ceux qui sortent des facs littéraires, artistiques et autres) et pour les plus de 50 ans dont bizarrement on a beaucoup parlé à une époque mais qui sont complètement tombés dans l'oubli depuis des années. Et les métiers de l'édition, les informaticiens, les bibliothécaires... enfin, je ne vois pas ce qu'on attend. Ah oui, il faut de l'argent. Mais n'en a-t-on pas pour les médiathèques? Si c'est le cas, à quoi bon renflouer si généreusement les stocks de celles qui ont été incendiées?
(1) Ça me rappelle une anecdote de E. Rohmer qui racontait que pour échapper aux frais d'enregistrements de leur scénario, les auteurs de la Nouvelle Vague se l'envoyaient à eux-même par la poste, le cachet faisant foi en cas de piratage ultérieur.
Aujourd'hui, je suppose que la partie adverse prétendrait que le texte y a été glissé après coup. Mais La Poste a inventé depuis longtemps des accusés de réception autocollants pour y coller le document directement car les destinataires (les banques en particulier) affirmaient n'avoir rien reçu dans l'enveloppe qui leur était adressée. Il leur reste à inventer si ce n'est pas déjà fait des enveloppes scellées qui ne peuvent s'ouvrir qu'une fois. Encore une création d'emplois, tiens!
Sinon, il y a une exposition que j'irais bien voir, à Tourcoing, organisée par
Christophe Atabekian dans la ville où il donne des cours avec, entre autres, des oeuvres de
Hélène Delprat dont j'admire le travail depuis pas mal d'années... et de
Charles de Zohiloff,
là (on n'y voit pas grand chose mais c'est jusqu'au 7 février, de 12h30 à 16h30.)